La Cour d'Octroi est une association qui a pour but de stimuler la créativité et le développement d'activités culturelles et artistiques sur le territoire. Elle se situe à Bollezeele, dans le Nord de la France, en Flandre, entre Dunkerque et Saint Omer.



jeudi 18 avril 2013

Myriam Mallié


En octobre, lors des Artcueillées 2013, Monique Quintard présentera son film
"Plutôt la Vie"
La protagoniste de ce film est
Myriam Mallié
Que Monique présente comme "une de nos meilleures conteuses" en Belgique

Voici justement un article de La Libre Belgique

Brève

Geneviève Simon
Mis en ligne le 12/04/2013
parcours Entretien
Pionnière du conte en Belgique, Myriam Mallié a décidé, un jour, de raccrocher. Ce retrait lui a permis de mieux se consacrer à la peinture et de mettre en mots de longues années d’expérience. Elle qui n’a jamais fait partie d’une troupe de théâtre ni d’une compagnie de conteurs n’en a pas pour autant fini avec ce genre. Un conte est d’ailleurs en train de cheminer dans sa tête, qui prendra bientôt chair de papier.
Quelle serait pour vous la singularité du conte ?
Toute ma carrière, j’ai été confrontée à l’étiquette "vous racontez pour enfants", alors que l’essentiel de mon public a toujours été adulte. Le conte véhicule des idées reçues. C’est pourquoi certaines personnes ont senti l’importance de le développer en tant que récit qui intéresse tout le monde, qu’on peut entendre à différents niveaux de lecture, en fonction de là où on est dans sa propre histoire. Cela peut être, au premier degré, une histoire merveilleuse. Mais on peut y trouver une multitude d’autres degrés. Une des spécificités du conte est qu’il est un récit aux résonances intérieures infinies, qui ouvre des espaces de réflexion, de méditation, de digestion.
Mais il faut se laisser porter, bousculer. Le conte n’est jamais anodin ni neutre.
Absolument. Maintenant, il faut faire la différence entre la manière dont l’auditeur accueille le conte et celle dont le conteur raconte. On peut raconter de manière légère, caricaturale, et proposer autre chose que le conte tel que je l’aime, avec sa multiplicité de lectures. Autre caractéristique : un conte ne peut être un récit contemporain. Selon ma définition, il vient de la nuit des temps. Ce qui m’émerveille et me passionne, c’est que ces textes qui ont 2000 ou 3000 ou 5000 ans d’âge, dont Gilgamesh qui remonte à l’époque sumérienne, éveillent encore tant de résonances. Enfin, on ne sait qui l’a écrit. Cet anonymat nourrit son mystère et sa grandeur. Le conte a été porté par une collectivité, s’est transformé petit à petit, la structure de base restant identique, même si la manière de raconter peut avoir évolué de génération en génération.
Le conteur serait-il une courroie de transmission impliquée ?
Il ne suffit pas de lire un conte et de le raconter - là, je parle des conteurs professionnels. On se heurte constamment à une confusion des statuts entre amateurs, mamys qui racontent dans les bibliothèques et professionnels pour lesquels le travail est plus exigeant, pointu et attentif à la langue. Pour la façon dont j’ai toujours envisagé mon métier, entre la découverte du conte que j’ai envie de raconter et le moment où je vais le raconter, il y a recréation. Le conteur n’est donc pas seulement une courroie de transmission, il est aussi créateur-interprète.
Le corps et la voix ont également un rôle primordial...
Cela fait partie des enchantements : c’est un travail global, à la fois physique, affectif, psychologique, spirituel au sens large du terme. D’autant que le conte concerne la réalité intérieure, la psyché. Les personnages introduits dans le voyage raconté sont autant de figures de notre théâtre intérieur. Le conte braque un projecteur sur l’itinéraire. D’un conte à l’autre, le zoom est mis à des endroits divers. C’est d’évolution qu’il s’agit.
Vous racontez le moment de votre “révélation”. Ensuite, vous êtes-vous sentie investie d’une mission ?
Je n’emploierais pas ce terme, trop extérieur à moi. Je me suis sentie investie plutôt d’une passion. Je n’ai pas eu le sentiment d’avoir le choix. Je suis plus proche du terme vocation. Et comment dire "non" quand on est à ce point stimulé, enthousiaste, fervent de curiosité ? Je voulais aller voir, et cela a fait partie de mes grands bonheurs. Même si ce fut moins facile que je ne l’imaginais.
Comment décide-t-on de s’arrêter ?
Ce n’est pas venu d’un coup. Cela faisait trente ans que je parcourais la Belgique et d’autres pays pour raconter et former. C’est un métier solitaire, peu reconnu, mal payé. L’énergie investie est importante. Après trente ans, il m’a semblé que c’en était assez. Mais le conte reste ma source. Et depuis plusieurs années, je travaille aussi sur les mythes de création : que peuvent-ils m’apprendre du processus de création ?
La création ne doit pas rester un mystère ?
Le mystère est là pour nous attirer. Plus on avance, plus il recule. Il est inépuisable. Je pense qu’il y a quelque chose à tirer de ces récits. Je ne suis pas du tout quitte
“La question pour un conteur n’est pas qu’est-ce qu’un conte ? (…) La question est qu’est-ce qu’un conte a à faire avec moi ?”, écrivez-vous…
Il y a des contes qui ne m’intéressent pas, d’autres qui me fascinent : pourquoi ? C’est là que tout commence. Quels sont les personnages, les situations, les moments du conte qui éveillent en moi cet intérêt, ce plaisir ? Je suis intimement convaincue que plus je suis dans l’authenticité et la sincérité, plus ça marche.
Dans notre monde si bruyant, le conte est-il le lieu d’une parole possible, préservée ?
Je pense que le conte est un lieu essentiel, qui équilibre le vacarme des paroles dominantes, axées sur l’extérieur des choses. Le conte est comme un murmure qui a la vie longue, qui tient le coup depuis des millénaires parce qu’il a quelque chose à dire. Il ne s’éteint pas, il y a toujours des gens pour le transmettre. Il n’y a pas de meilleure démonstration pour dire que ce qui est véhiculé est capital.
Est-il aussi important parce que le récit est fondateur de l’être humain ?
Certains ne s’en rendent pas compte, ce qui ne veut pas dire qu’ils n’y sont pas sensibles de manière inconsciente. On dit que le conte est un récit symbolique, comme les rêves. Chez moi, la découverte du conte a coïncidé avec l’irruption ininterrompue de rêves pendant vingt ans. J’ai donc été forcée de m’interroger : que veulent dire ces images ? Sont-elles exclusivement des divagations de notre cerveau, des hallucinations ? La psychanalyse m’a appris que non. Pour les contes, c’est la même chose. Comme les rêves, ils sont des récits symboliques qui ne s’épuisent jamais. Il y a effectivement une réceptivité et une sensibilité au travail que le conte effectue sur nous, qui n’exprime pas seulement des choses mais qui agit. J’en suis convaincue. Travailler un conte, c’est accepter qu’il me travaille. Je peux en témoigner, à la fois pour moi et pour des personnes en difficulté. Je crois profondément au pouvoir structurant, accompagnateur du conte. Nous avons besoin de la parole pour devenir de mieux en mieux l’être humain que nous sommes. Plus que d’autres, la parole conteuse a ce pouvoir.
“La question que les contes me posent, ils la posent à chacun : comment faire avec nous-mêmes et cette vie reçue qui nous blesse, nous bouscule, nous tend des pièges, nous attire et met en nous tant de soifs et de faims ?”
Le conte est un accompagnement lié à la beauté des images, de la langue. Il raconte quelque chose qui dit : fais confiance, mets-toi en marche et le reste suivra. Quand on a l’impression d’être dans la perte, il est une parole positive - qui n’est pas la même que la pensée positive tellement à la mode aujourd’hui. Le conte est du côté de la santé mentale. Autrement dit, on n’épargne pas les ogres, les gouffres, les monstres et les dragons, c’est-à-dire les horreurs de la vie. Mais on ne s’arrête pas dans une complaisance un peu noire face à ces choses qui sont remises en perspective dans un itinéraire.
Myriam Mallié, "Conter", Esperluète Editions, 98 pp., env. 18 €

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire