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samedi 5 octobre 2013

Ce soir, c'est cinéma...

Dans le cadre des Artcueillées, La COur d'OctrOi diffuse le film de 

Monique Quintart,

"PLUTÔT LA VIE"

Samedi 12 octobre à 19 heures
Salle Dehaene - Grand Place - 59470 Bollezeele (Nord de la France)

Nous faisant l'honneur de participer à cet évènement, Monique Quintart est cinéaste documentaire belge de renommée internationale puisque ses films ont été diffusés sur La Deux en Belgique et sur ARTE et  lors de nombreux festivals. 

Monique Quintart sera présente et est prête à échanger sur son métier et à répondre à toutes les questions sur la réalisation d'un film et la rencontre avec la protagoniste de son film : Myriam Mallié, conteuse et écrivain.

Ce film suit pas à pas, l'aventure extraordinaire de l'idée du conte, de son écriture et sa mise en scène jusqu'aux premières phrases du spectacle. Un beau film émouvant et fort sur la création

La libre Belgique :
"Monique Quintart a rencontré Myriam Maillié, a été séduite par la passion de cette conteuse, si curieuse de la vie, si enthousiaste dans ses mots. Un film en est né, un film difficile à concevoir pour Monique Quintart jusqu'à ce que Myriam lui parle de Gilgamesh, l'homme qui ne voulait pas mourir, la plus vieille épopée de l'humanité, encore méconnue.

C'était au temps où les hommes inventés l'écriture, et ils ont gravé l'histoire de Gilgamesh sur des tablettes d'argile. Celles-ci existent toujours, exposées au British Museum. Elles contiennent un récit inventé à partir de la vie de celui qui fut sans doute le roi de la cité-Etat d'Uruk vers 2700 avant J.C. Cela se passait du côté du Tigre et de l'Euphrate...

Traduite pas Jean Bottéro, cette épopée avait ébloui Myriam Mallié et la conteuse était justement occupée à l'adapter en conte. La réalisatrice en est devenue sa première spectatrice et c'est de l'éclosion de cette histoire dont parle son film.

Itinéraire du héros, voyage intérieur, évolution de la forme, tout dans le conte parle de transformation. Il s'agissait de filmer aussi une transformation : le travail de recréation de l'épopée et de sont appropriation par une conteuse d'aujourd'hui. depuis l'écriture jusqu'à sa première représentation, là où l'improvisation domine, sur les bases de l'écriture.

Ce film tente de montrer la création en devenir, à partir de cette véritable matière première qu'est l'histoire à laquelle la conteuse redonne vie."

Comme pour l'ensemble des activités et expositions des Artcueillées, l'entrée est gratuite...

Bienvenue à tous

jeudi 18 avril 2013

Myriam Mallié


En octobre, lors des Artcueillées 2013, Monique Quintard présentera son film
"Plutôt la Vie"
La protagoniste de ce film est
Myriam Mallié
Que Monique présente comme "une de nos meilleures conteuses" en Belgique

Voici justement un article de La Libre Belgique

Brève

Geneviève Simon
Mis en ligne le 12/04/2013
parcours Entretien
Pionnière du conte en Belgique, Myriam Mallié a décidé, un jour, de raccrocher. Ce retrait lui a permis de mieux se consacrer à la peinture et de mettre en mots de longues années d’expérience. Elle qui n’a jamais fait partie d’une troupe de théâtre ni d’une compagnie de conteurs n’en a pas pour autant fini avec ce genre. Un conte est d’ailleurs en train de cheminer dans sa tête, qui prendra bientôt chair de papier.
Quelle serait pour vous la singularité du conte ?
Toute ma carrière, j’ai été confrontée à l’étiquette "vous racontez pour enfants", alors que l’essentiel de mon public a toujours été adulte. Le conte véhicule des idées reçues. C’est pourquoi certaines personnes ont senti l’importance de le développer en tant que récit qui intéresse tout le monde, qu’on peut entendre à différents niveaux de lecture, en fonction de là où on est dans sa propre histoire. Cela peut être, au premier degré, une histoire merveilleuse. Mais on peut y trouver une multitude d’autres degrés. Une des spécificités du conte est qu’il est un récit aux résonances intérieures infinies, qui ouvre des espaces de réflexion, de méditation, de digestion.
Mais il faut se laisser porter, bousculer. Le conte n’est jamais anodin ni neutre.
Absolument. Maintenant, il faut faire la différence entre la manière dont l’auditeur accueille le conte et celle dont le conteur raconte. On peut raconter de manière légère, caricaturale, et proposer autre chose que le conte tel que je l’aime, avec sa multiplicité de lectures. Autre caractéristique : un conte ne peut être un récit contemporain. Selon ma définition, il vient de la nuit des temps. Ce qui m’émerveille et me passionne, c’est que ces textes qui ont 2000 ou 3000 ou 5000 ans d’âge, dont Gilgamesh qui remonte à l’époque sumérienne, éveillent encore tant de résonances. Enfin, on ne sait qui l’a écrit. Cet anonymat nourrit son mystère et sa grandeur. Le conte a été porté par une collectivité, s’est transformé petit à petit, la structure de base restant identique, même si la manière de raconter peut avoir évolué de génération en génération.
Le conteur serait-il une courroie de transmission impliquée ?
Il ne suffit pas de lire un conte et de le raconter - là, je parle des conteurs professionnels. On se heurte constamment à une confusion des statuts entre amateurs, mamys qui racontent dans les bibliothèques et professionnels pour lesquels le travail est plus exigeant, pointu et attentif à la langue. Pour la façon dont j’ai toujours envisagé mon métier, entre la découverte du conte que j’ai envie de raconter et le moment où je vais le raconter, il y a recréation. Le conteur n’est donc pas seulement une courroie de transmission, il est aussi créateur-interprète.
Le corps et la voix ont également un rôle primordial...
Cela fait partie des enchantements : c’est un travail global, à la fois physique, affectif, psychologique, spirituel au sens large du terme. D’autant que le conte concerne la réalité intérieure, la psyché. Les personnages introduits dans le voyage raconté sont autant de figures de notre théâtre intérieur. Le conte braque un projecteur sur l’itinéraire. D’un conte à l’autre, le zoom est mis à des endroits divers. C’est d’évolution qu’il s’agit.
Vous racontez le moment de votre “révélation”. Ensuite, vous êtes-vous sentie investie d’une mission ?
Je n’emploierais pas ce terme, trop extérieur à moi. Je me suis sentie investie plutôt d’une passion. Je n’ai pas eu le sentiment d’avoir le choix. Je suis plus proche du terme vocation. Et comment dire "non" quand on est à ce point stimulé, enthousiaste, fervent de curiosité ? Je voulais aller voir, et cela a fait partie de mes grands bonheurs. Même si ce fut moins facile que je ne l’imaginais.
Comment décide-t-on de s’arrêter ?
Ce n’est pas venu d’un coup. Cela faisait trente ans que je parcourais la Belgique et d’autres pays pour raconter et former. C’est un métier solitaire, peu reconnu, mal payé. L’énergie investie est importante. Après trente ans, il m’a semblé que c’en était assez. Mais le conte reste ma source. Et depuis plusieurs années, je travaille aussi sur les mythes de création : que peuvent-ils m’apprendre du processus de création ?
La création ne doit pas rester un mystère ?
Le mystère est là pour nous attirer. Plus on avance, plus il recule. Il est inépuisable. Je pense qu’il y a quelque chose à tirer de ces récits. Je ne suis pas du tout quitte
“La question pour un conteur n’est pas qu’est-ce qu’un conte ? (…) La question est qu’est-ce qu’un conte a à faire avec moi ?”, écrivez-vous…
Il y a des contes qui ne m’intéressent pas, d’autres qui me fascinent : pourquoi ? C’est là que tout commence. Quels sont les personnages, les situations, les moments du conte qui éveillent en moi cet intérêt, ce plaisir ? Je suis intimement convaincue que plus je suis dans l’authenticité et la sincérité, plus ça marche.
Dans notre monde si bruyant, le conte est-il le lieu d’une parole possible, préservée ?
Je pense que le conte est un lieu essentiel, qui équilibre le vacarme des paroles dominantes, axées sur l’extérieur des choses. Le conte est comme un murmure qui a la vie longue, qui tient le coup depuis des millénaires parce qu’il a quelque chose à dire. Il ne s’éteint pas, il y a toujours des gens pour le transmettre. Il n’y a pas de meilleure démonstration pour dire que ce qui est véhiculé est capital.
Est-il aussi important parce que le récit est fondateur de l’être humain ?
Certains ne s’en rendent pas compte, ce qui ne veut pas dire qu’ils n’y sont pas sensibles de manière inconsciente. On dit que le conte est un récit symbolique, comme les rêves. Chez moi, la découverte du conte a coïncidé avec l’irruption ininterrompue de rêves pendant vingt ans. J’ai donc été forcée de m’interroger : que veulent dire ces images ? Sont-elles exclusivement des divagations de notre cerveau, des hallucinations ? La psychanalyse m’a appris que non. Pour les contes, c’est la même chose. Comme les rêves, ils sont des récits symboliques qui ne s’épuisent jamais. Il y a effectivement une réceptivité et une sensibilité au travail que le conte effectue sur nous, qui n’exprime pas seulement des choses mais qui agit. J’en suis convaincue. Travailler un conte, c’est accepter qu’il me travaille. Je peux en témoigner, à la fois pour moi et pour des personnes en difficulté. Je crois profondément au pouvoir structurant, accompagnateur du conte. Nous avons besoin de la parole pour devenir de mieux en mieux l’être humain que nous sommes. Plus que d’autres, la parole conteuse a ce pouvoir.
“La question que les contes me posent, ils la posent à chacun : comment faire avec nous-mêmes et cette vie reçue qui nous blesse, nous bouscule, nous tend des pièges, nous attire et met en nous tant de soifs et de faims ?”
Le conte est un accompagnement lié à la beauté des images, de la langue. Il raconte quelque chose qui dit : fais confiance, mets-toi en marche et le reste suivra. Quand on a l’impression d’être dans la perte, il est une parole positive - qui n’est pas la même que la pensée positive tellement à la mode aujourd’hui. Le conte est du côté de la santé mentale. Autrement dit, on n’épargne pas les ogres, les gouffres, les monstres et les dragons, c’est-à-dire les horreurs de la vie. Mais on ne s’arrête pas dans une complaisance un peu noire face à ces choses qui sont remises en perspective dans un itinéraire.
Myriam Mallié, "Conter", Esperluète Editions, 98 pp., env. 18 €